Fédération de Vo Co Truyen Vietnam de France.

  • Full Screen
  • Wide Screen
  • Narrow Screen
  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size

Portrait d'un Maître de Vo Co Truyen

Envoyer Imprimer

Maitre Dang Le Hung

Le Vo Vuon...



Dans le paysage des Arts Martiaux vietnamiens, il existe une composante appelée parfois de façon ironique "Vo Vuon", c'est-à-dire "art martial de Jardin"...
Comme je ne suis pas un grand expert, je me bornerais à vous parler de ce que je connais le mieux. Dans les années 50, j'habitais "Chau-doc", une ville frontalière près du Cambodge. Chau-doc est fertilisé par deux branches importantes du Mekong: Tien-Giang et Hau-giang. Que vous dire de ma ville natale ? Que les filles sont charmantes et travailleuses ? Que les garçons sont accueillants mais bagarreurs ? Qu'ils excellent dans l'art du ping-pong ? Ah, Chau-doc est connu pour ses 7 montagnes ou proliféreraient les sectes militaro-religieuses, les résistants de tout bord ou les malfrats.



Dans les années trente, dans l'une de ces montagnes, Nui Sam (la montagne de la limule) habitait un vieil homme qui jardinait un peu, qui enseignait les lettres et qui écrivait les formalités en Français pour les illettrés. Mais les gens le respectaient pour autre chose : armé d'un bâton et d'un fouet, il empêchait les brigands Siamois ou khmers d'entrer dans les petits hameaux de Nui Sam. L'administration française l'avait même nommé "agent hors classe" des douanes" car il n'avait pas son pareil pour arrêter les trafiquants d'opium ou autre contrebandier. A la fin de sa vie,  la question était "Quel art marial pratiquez-vous ?" il répondit en souriant : "oh juste un peu de Vo Vuon quoi !"

Le Maître DANG Le Hung lors de la remise de son 18ème Cap par la Lien Doan VCTVN, par le Maître LE KIM HOA en Juillet 2010.
à la droite du Maître DANG Le Hung, le Maître David TINTILLIER (18ème Cap juillet 2010), et à sa gauche, le Maître Christian DESCAMPS (18ème Cap juillet 2010).
En 2nd plan, l'expert M. Thierry WEBER (17ème cap, juillet 2010) et l'instructeur M.David AUSILIA (16ème cap, Juillet 2010)

Ce personnage s'appelait (entre autres surnoms) Mr Hai Tuong et etait le grand père maternel d'un enseignant de Vo en France. Si ce dernier veut parler davantage de son aieul, qu'il le fasse. Il le connait certainement mieux que moi.
Une autre montagne, appelée Nui Cam (la montagne interdite) est aussi célèbre pour ses temples et ses points de vue magnifiques. Dans les années 45-50, un vielle homme appelé Tu-Hao, originaire de Nui Cam, descendit en ville. Au cours d'une rixe, il tua un boucher avec ses mains nues. Comme celui-ci etait un collabo notoire, et malgré qu'il fut armé de son coutelas, Mr Tu-Hao écopa de 5 ans de bagne à la triste et célèbre île Poulo-Condor. Quand il revint du bagne, une foule de jeunes gens l’accueillit : c'était ses élèves en arts martiaux. Et pourtant, personne ne savait qu'il était expert en Vo.

C'est avec ce personnage que je commençais les arts martiaux, a 14 ans. Quelle école ? Notre petit groupe n'avait pas de nom. Mais on s'entrainait dans le jardin qui était derriere la paillote du maitre. Quel style ? Nous n'avions pas de style. Quels quyens pratiquions-nous ? Aucun, sinon de petits enchainements qui portaient des noms pittoresques genre : "le phœnix qui se perd dans la paix des sables", "le tigre aux abois" ou encore "la patience du pêcheur". La plupart de nos techniques étaient des techniques rapprochées et nous utilisions fréquemment les coudes, les genous et les renversements.

Bien sur nous n'avions pas de championnat, et nous étions trop pauvres pour pouvoir payer les voyages vers les villes où se déroulaient les tournois. N'empêche, nous nous mesurions aux autres groupes de Vo Vuon. Parfois avec des regles "officielles" parfois avec les règles des montagnes du Chau -doc.
A 18 ans, je fus obligé de quitter ma ville, mon maitre, mes montagnes pour aller étudier a Dalat. A mon retour en 1972, le maitre n'était plus là pour me corriger ou pour me consoler. Voulant me perfectionner dans le Vo Dao, j'ai continué avec un bonze expert en Binh-Dinh, mais celui-ci refusa car je ne pouvais pas suivre les 10 interdictions qu'il exigeait de tous ses élèves. J'ai alors taté du Vovinam pendant un certain temps.


1980 comme autant d'autres boat-people je quittais le Viet-Nam pour la France. Dans ce beau pays étranger, je retrouvais mes compatriotes et mes racines grâce au Vo : dans l'école Nam-Hai, puis dans le Cuu-Long-Vo-Dao de Maitre Tran Hoai Ngoc. Mais je n'oubliais pas les "le crapaud qui traverse la mer" ou "l'homme en noir offre des fruits" de mon premier maitre.
Depuis 5 ans (article écrit il y a quelques annee) j'enseigne a Villeneuve Loubet (06 en France) à un petit groupe. Au dernier tournoi organisé a Mèze par la FAMV, j'ai emmène 8 élèves pour participer: trois 1ères places et deux 2ème places en combat libre; une 1ère place, une 2ème place, une 3ème place en technique.
Malgré toutes ces victoires, je me rappelle toujours les leçons de mon art martial de jardin. Les deux merilleurs techniques sont la patience et l'éloignement des confrontations physiques.


En souvenir de mon défunt Maitre Tu-Hao.
Son disciple de Vo-vuon, Dang -Le-Hung

You are here: Ecoles Tiến Giang Võ Thuật Đạo Portrait d'un Maître de Vo Co Truyen